Drame de la migration : ‘’la veuve et ses cinq orphelins temporaires’’ de Béguédo

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Vivre loin de son époux, être réduite à ‘’faire’’ des enfants pour s’en s’occuper seule, ainsi se résume l’existence de Aïssatou. Depuis une dizaine d’années, son mari migre régulièrement en Italie, en quête d’un mieux-être. Focus sur la vie d’une veuve temporaire et celles de ses enfants.

Mardi 22 octobre 2019, il est 10h dans un petit marché de Béguédo. Aïssatou (Ndlr : nom d’emprunt), la trentaine, est assise devant sa boutique, le regard dans le vide.

Depuis le départ en Italie, il y a dix ans de son époux, cette ‘veuve temporaire’ vend des articles divers, du gaz et du carburant pour s’occuper de ses cinq enfants.

C’est une dame souriante et en même temps réticente qui nous a accueillie dès notre arrivée. En effet, Aïssatou était non seulement gênée de nous parler de sa situation sans l’autorisation de son époux, mais était également occupé à servir ses clients tout en prenant soin de sa fillette de treize mois. Après insistance, nous avons réussi à lui arracher quelques mots.

« Mon mari est allé à l’aventure à la recherche d’un mieux-être pour lui et nous. Il est parti il y a dix ans, un an après notre mariage. Mais il revient nous voir chaque deux ou trois ans », explique Aïssatou en baissant les yeux. Malgré son commerce et les visites de son époux, elle avoue que ce n’est pas toujours facile de jouer le rôle de mère et de père pour ses cinq enfants. Surtout quand on sait que l’autorité du père est très importante pour l’éducation des enfants.

« Cette boutique, ajoute-t-elle, a été construite par mon époux pour me permettre d’avoir une activité économique afin de m’occuper des enfants et les envoyer à l’école. Avec ce que je vends, je me débrouille un peu un peu avec mes enfants. Mais je ne m’en sors pas à chaque fois. Donc quand ça me dépasse ou qu’un enfant est malade, je fais appel à mes beaux-frères qui sont là où je contact directement mon mari en Italie ».

Pourra -t-elle un jour allée rejoindre son époux en Italie comme certaine l’on fait ? Impossible. Les moyens de son époux ne lui permettent pas de l’accueillir elle et leurs cinq enfants. Aïssatou est donc résignée à rester à Béguédo avec ces derniers dont l’ainé a dix ans et le benjamin treize mois. Des enfants qui ont tous été conçus lors des rares visites de son époux.

Vivre à des milliers de kilomètre de son époux, assurer seule l’éducation des enfants, Aïssatou et beaucoup d’autres femmes de Béguédo s’y sont déjà habituées. « Ici c’est comme ça, c’est devenu normal pour nous. Si ton mari sort et gagne un peu pour t’envoyer, ça vaut mieux que de rester ici à ne rien faire », lâche Aïssatou avec un sourire peu rassurant.

Aïssatou a souhaité rester dans l’anonymat. Nous n’avons donc pas eu avoir des photos d’elle, ni celle de ses enfants.

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