Burkina Faso: La loi de finance rectificative 2020, à la loupe du CERA-FP

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Le Centre d’Etudes et de Recherche Appliquée en Finance Publiques (CERA-FP) a mené une étude sur la loi de finance rectificative gestion 2020. Cette étude a pour but, entre autres, de susciter le débat citoyen autour de l’examen et du vote du budget rectifié, et de faire des propositions. PaxSahel vous propose l’essentiel de cette étude publiée en juillet 2020.

Les différentes analyses se sont menées autours de six axes principaux que sont : les élections de novembre 2020, la sécurité, la santé, l’éducation, le secteur rural et la protection sociale. Cette analyse alternative est rendue possible grâce à l’action conjuguée du CERA-FP, du SPONG et de l’ORCADE.

Plus de 7 milliards pour les élections

L’étude du CERA-FP relève que le budget révisé des élections de 2020 s’élève à 7 milliards 348 millions de francs CFA. Par rapport au budget de 2015, chiffré à près de 250 millions de francs CFA, les élections présidentielle et législatives de 2020 ont augmenté de 19,62%. C’est l’une des fortes augmentations de budget constatée dans cette loi de finance rectificative. Le CERA-FR se demande si cette augmentation, qui prend en compte le vote des burkinabé de l’extérieur se justifie, et si le Burkina a les moyens de cette politique électorale.

La sécurité, une augmentation pertinente

Le secteur de la sécurité a été érigé en secteur prioritaire au regard des attaques à répétition dont est victime le Burkina. Dans son rapport d’analyse, le consortium note que la part budgétaire allouée à ce secteur est passée de 12,91% dans la LFI à 13,07% dans le projet de LFR 2020. Une augmentation jugée pertinente, d’autant plus qu’elle prend en compte le programme de recrutement des volontaires pour la défense de la patrie, a hauteur de 2,532 milliards Franc CFA.

Photo d’illustration

Le secteur de la santé marqué par le coronavirus, a vu son budget revu à la baisse de 13,96% à 12,84%. Soit une baisse de 1,12%. L’étude souligne que le budget initial a été revu pour prendre en compte d’autres défis sanitaires, tel que l’amélioration de la qualité des analyses de biologie médicale plus de 8 milliards de Franc CFA, et l’équipement de laboratoire qui bénéficie de 5 milliards de Franc CFA. En plus, le volet gestion des catastrophes sanitaires, a vu son budget passé de 50 millions à 32,63 milliards de Franc CFA.

Santé, les budgets de deux fonds supprimés, la planification familiale rognée

Ces augmentations sont faites au détriment des domaines tels que, l’acquisition et la maintenance des équipements médicaux, l’offre de services en faveur de la mère et de l’enfant. En plus, la ligne budgétaire de la gratuité de la planification familiale prend un coup. Elle passe de 400 milliards à 150 millions de Franc CFA. Cela a pour conséquence la diminution du budget de la planification familiale de 1,3 à 1,05 milliards de Franc CFA.

Photo d’illustration

Toujours dans le domaine de la santé, le budget de deux fonds ont purement et simplement été supprimé. Il s’agit du fonds national de lutte contre les épidémies et le fonds national de lutte contre les maladies tropicales négligées. Le rapport du CERA-FP souligne que ces baisses de ressources permettent certes de dégager des économies pour le financement des actions liées à la gestion de la crise sanitaire de la COVID-19. Mais cela pourrait remettre en cause les acquis dans d’autres domaines sanitaires.

En ce qui concerne le secteur de l’éducation qui prend en compte le Ministère de L’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (MENAPLN) et le Ministère Enseignement Supérieur, Recherche Scientifique et Innovation (MESRSI), les 22,16 % du budget initial ont été légèrement revus à la baisse, de 0,63%, soit 21,53% dans le budget révisé. L’étude révèle en plus, que seulement 10% du budget total du secteur, est consacré à la réalisation d’infrastructures scolaires, dans un contexte d’accroissement de l’offre éducative. Pendant ce temps, les dépenses courantes de l’éducation ont augmenté de 0,7% passant de 90,12% à 90,82%.

Photo d’illustration

Monde rural, l’accent est mis sur 5 projets

Dans le domaine rural, le budget initial a également connu une baisse passant de 9,05% à 8,74%. Toutefois, des mesures d’atténuations ont été prises en faveur de 5 projets, qui ont vu leurs lignes budgétaires augmenter de 816 millions à 10,06 milliards de francs CFA. L’objectif étant la réduction des inégalités sociales, à travers la bonne mise en ouvre de ces projets.

Sur le plan social, il ressort des analyses des allocations budgétaires, que des efforts ont été consentis par l’État, dans un contexte sécuritaire difficile ayant occasionné 838 548 déplacés internes à la date du 25 mars 2020, selon des statistiques du CONASUR.

Pour tenir compte de cette donne, les prévisions de dépenses rectifiées ont augmenté de 0,46%, allant de 0,94% du budget initial à 1,40% du budget rectifié. Cette augmentation de la part budgétaire de la protection sociale est à saluer.

Supprimer les lignes budgétaires “inopportuns” et non “prioritaires”

Au terme de son étude, le CERA-FP a fait quelques recommandations visant entre autres, la contraction de certaines dépenses moins prioritaires afin de réduire considérablement le déficit budgétaire qui est de l’ordre de 468,778 milliards de Franc CFA.

L’étude recommande en plus, le développement des initiatives pour une mobilisation optimales des ressources internes. Sur le plan électoral, le consortium recommande l’évaluation de la contribution du vote des burkinabè de la diaspora, à l’ancrage de la démocratie en termes de nombre de votants. Enfin, le CERA-FP recommande simplement la suppression de trois crédits budgétaires jugés inopportuns. Il s’agit de l’acquisition de véhicules automobiles, à hauteur de 1,2 milliards de Franc CFA au profit du parc automobile de l’État, et le règlement de la dette de 2 milliards de francs CFA au profit du secteur de l’hôtellerie, du tourisme, des arts et de la presse.

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