Zone d’élévage au Mali: le surpâturage dans le cercle de Nara

La frontière entre la Mauritanie et le Mali a vu passer les populations quittant leurs foyers avec la crise malienne. Maintenant, ce sont les flux du bétail à la recherche de pâturages qui mettent en cause l’équilibre du cercle de Nara. Une nouvelle concurrence met face à face les éleveurs des deux pays, pour les mêmes « prairies vertes » et points d’eau.

 Un article de Fadel Cheick.

 

L’Afrique de l’ouest compte le tiers du bétail de toute l’Afrique et les zones d’élevage sont situées dans les pays du Sahel. Le cercle de Nara fait partie des régions d’élevage très denses.  Avec les feux de brousse, les saisons de pluies irrégulières et une mauvaise répartition pluviométrique dû au changement climatique, les sites de pâturage se font rares. Les terres du cercle de Nara sont convoités par les cheptels des deux pays voisins, le Mali et la Mauritanie. Cette transhumance n’est pas bien acceptée par les locaux et donne souvent lieu à des affrontements.

Les pâturages à grand potentiel herbacé et aérien s’étendent sur des milliers d’hectares riches en valeur nutritive. Ils constituent un véritable point de convergence pour les troupeaux transhumants des localités frontalières des cercles Nara (côté Mali), Amourj, Bassikounou et Témédra (côté Mauritanie).

Plus de 12 000 bovins, 30 000 ovins/caprins et 1 000 asins destinés au transport vers les marchés côtiers font chaque année ce mouvement pendulaire.

D’après le Recensement Général du cheptel par le PRODEZEM-projet de développement zébu maure 2019, le cercle de Nara possède un cheptel important:

Depuis des décennies, les éleveurs mauritaniens amènent de façon cyclique leur bétail pour paître jusqu’au fleuve Niger.  Leurs cheptels passent un long moment dans la zone de Nara, où ils apprécient la prolifération du fonio sauvage Panicum laetum.  Les transhumants utilisent toujours les mêmes couloirs de passage, appelés « broutolles », pour leurs potentialités en eau et pâturages.

Les éleveurs sédentaires maliens voient cela d’un mauvais œil : les zones préférées de pâturage sont saturées. C’est un problème car ils pratiquent un élevage extensif, dit de «  prestige », et cela décapitalise leur bétail. Et en même temps, le voisin mauritanien constitue un débouché important pour l’écoulement des produits liés à l’activité : viandes, cuirs , lait, beurre etc…

Prix élevés pour la paille et aliment pour bétail

L’herbe commence à se faire rare. Les arbres sont dépourvus de toutes végétations (fourrages ligneux) dus à l’usage de la présence de caméliens.

Le prix de la botte de paille d’une  charrette en année normale est de 4000 FCFA, contre  20 000 F CFA  à la date d’aujourd’hui en territoire malien et 40 000 FCFA à la frontière Mali/Mauritanie (Exemple Ganata en Mauritanie).

L’aliment bétail a un prix officiel de 100 000 FCFA la tonne à l’usine. Il est vendu 160 000FCFA la tonne en année normale et actuellement, il est cédé entre 430 000 FCFA et 500 000F CFA la tonne.

Eviter les embouteillages autour des points d’eau

Les pâturages sont distants des points d’eau de 30 km en moyenne, soit 60 km aller-retour entre le point d’abreuvement et les pâturages. Les animaux sont abreuvés un jour sur deux et il y a une forte concentration des troupeaux autour des points d’eau.

Le flux est géré par le service local des productions et industries animales (SLPIA) . Ce service octroie avec parcimonie des permis de transhumance en fonction de la densité de concentration des troupeaux. L’objectif est de rendre fluide la descente des troupeaux vers le fleuve, zone Office du Niger.

Surpâturage : nocif pour les repousses et les animaux

Ousmane Djiré, chef  de service SLPIA de Nara, explique les inconvénients du surpâturage : « En cas de surpâturage, l’animal broute très ras, le collet lui-même est coupé ce qui limite les réserves disponibles pour la repousse. En outre, comme dans ce collet, il y a les sucres de réserve, les fameux fructanes qui favorisent les fourbures, ce n’est pas forcément souhaitable pour les animaux. »

« Le surpâturage entraîne un parasitisme plus important car certains parasites sont plus présents au niveau du collet des plantes. Ne jamais laisser les animaux pâturer à moins de 5 cm est donc une mesure simple et écologique pour limiter le parasitisme.’’ Ousmane Djiré ajoute: ’’Et il urge de mettre en œuvre un cadre de concertation transfrontalier pour pallier aux conflits qui surgissent de façon périodique ‘’

Enfin, des actions telles que la lutte contre les feux de brousse, le semis à la volée du fonio sauvage Panicum laetum et la promotion par des formations et/ou des actions de sensibilisation pour un élevage de qualité favoriseraient la multiplication des aires de  pâturages tant désirées pour que chacun y trouve son compte, puisque les populations riveraines de la frontière son interdépendantes depuis la nuit des temps.

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