Medias : faut-il interdire les perdiems ?

Au cours des échanges entre professionnels des médias, la question du per diem revient comme sujet de conflit dans la lutte contre la précarité des journalistes. Quel que soit son nom, «  Communiqué final, Tchop, Gombo… », le perdiem est comme un mal, mais son interdiction divise.

Un article d’Amani Mounkaila Boureima – «  La SOURCE »-Niger  

A Kledu, l’une des premières radios privées du Mali, nous avons rencontré le journaliste Sekou Koné qui avait vécu la situation dans laquelle les journalistes vivent des perdiems. Aujourd’hui, sa situation a changé, mais il jette un regard critique sur cette pratique.

Selon Sékou, «  le débat sur le perdiem est un faux-fuyant réducteur. Un bon journaliste ne doit pas prendre un perdiem, son salaire le protège des tentations susceptibles de l’inféoder à quelqu’un. Si le métier de journaliste est considéré comme profession noble, le journaliste doit être le premier gardien du temple pour empêcher l’assaut des apprentis sorciers. »

Une de ses consœurs qui préfère garder l’anonymat déclare quant à elle que « le perdiem est une forme de motivation qui permet de joindre les deux bouts.  »

Malgré la position relative des patrons de presse sur la question, Alexis KALAMBRY,  directeur des ECHOS, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour interpeller les patrons qui profitent de la vulnérabilité des jeunes journalistes confrontés aux problèmes de chômage.

Le directeur des ECHOS précise également que tout le monde s’y retrouve dans ce système des perdiem : les ONG et politiques qui payent la couverture de leurs événements, les journalistes qui y trouvent leur compte. Mais, est-ce que ces derniers peuvent garder l’esprit critique ?

Le rédacteur en chef de la radio Kledu invite également au respect des règles de l’éthique et de la déonthologie. Bakary Cissé demande à ceux qui ne peuvent pas s’inscrire dans la durée de « fermer boutique », une expression qui exprime le ras-le-bol des responsables de presse qui œuvrent pour l’émergence d’une presse capable d’assurer un salaire décent aux journalistes.

Le même son de cloche a été entendu à la Maison de la Presse, organe fédérateur avec Mahamadou Talata Maiga. Le secrétaire général explique : « Des série de formations et de sensibilisations ont été initiées pour mettre fin à cette pratique. Hélas, les mauvaises habitudes perdurent. »

Levy Dougnon est organisateur culturel d’évènements. Il invite toute la chaine des médias à la réflexion : « il est prématuré de mettre fin à cette habitude pour stimuler les journalistes. Ils sont nombreux, les journalistes souvent mal-payés qui vivent de ces gratifications. » Toutefois, il finit par reconnaître que le per diem n’est pas bon pour le professionnalisme des journalistes.

 

Reportage Amani Mounkaila Boureima

 

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