Migrants maliens en Libye : le rêve brisé des ‘’libybiens’’ de retour volontaire au bercail

Partir de son pays le Mali en espérant un eldorado… Ils sont des milliers de maliens, des jeunes en majorité et aussi de moins jeunes à avoir choisi le pays du Président Kadhafi comme leur destination privilégiée sur le chemin de l’aventure. L’aventure, c’est par ce mot simple que les Maliens désignent le fait de quitter les siens pour aller partout- et nulle part s’il le faut- à la recherche du bonheur. Ce n’est toujours pas à cause de la misère mais par nature, le Malien est voyageur, toujours à la recherche d’un oasis rare pour lui-même et pour les siens.

Enquête réalisé par Bokoum Abdoul Momini

La Libye est longtemps restée le pays de rêve de nombreux maliens. On les désignait sous le nom de «Libybien» comme pour paraphraser le célèbre comédien malien surnommé « Guimba national ». Beaucoup de maliens, du nord comme du sud, ont longtemps vécu en Libye. Certains se sont vraiment intégrés mais d’autres sont restés de simples immigrés.

Le rêve brisé

Aujourd’hui encore nous ne sommes pas très sûrs que les Maliens (aventuriers) ne veuillent plus entendre parler de la Libye. Mais depuis 2011, avec la mort du guide de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi et la crise qui s’en est suivie, beaucoup se sentent dans l’insécurité, manquent de travail et ne peuvent pas circuler librement.

De nos jours, les Maliens quittent volontairement la Libye. Ces Maliens ne sont nullement des expulsés mais des rapatriés volontaires. Il ne se passe plus un trimestre, sans que des convois entiers de Maliens n’arrivent à Bamako grâce à l’appui de l’Organisation Internationale de la Migration et du Ministère des maliens de l’extérieur.

Pour la plupart des Maliens de retour de la Libye «notre retour au bercail marque la fin d’un cauchemar fait de violence, de chômages et d’emprisonnement en Libye… »

Selon le Commandant Nouhoum Coulibaly du Ministère de la Sécurité Intérieure et la Protection civile, «le retour des Maliens de la Libye a pris de l’ampleur suite à la chute du Président Mohamed Kadhafi, sinon les maliens de la Libye avant la crise rentraient par compte-goutte ».

Ainsi, à partir de 2O11, plus de 910 maliens sont rentrés par voie terrestre  et 10 830 par voie aérienne, en provenance de la Libye, soit un total de 11 551 en 2011. Ils étaient 377 en 2012 ;  164 en 2013 ;  292 en 2014 ; 174 en 2O15 contre 609 en  2016. Et pour cette année (2017), on compte déjà  362 rapatriés. Tous ces Maliens rentrés au pays ont été volontaires. Ils nous racontent que la plupart d’entre eux sont victimes de  séquestration, de ségrégation, d’humiliation, de tentative de viol, d’emprisonnement. « Certains d’entre eux qui étaient en transit en Libye pour regagner l’Europe, sont tombés dans les pièges des passeurs », nous explique le Commandant Nouhoum Coulibaly.

Comment est organisé le retour volontaire

«Nous sommes là pour apporter assistance aux revenants volontaires et que notre département et l’ensemble du gouvernement malien sont engagés à tout faire pour soulager ces expatriés. Nous ne ménageons aucun effort pour apporter assistance à tous les Maliens vivants en Libye et dans n’importe quel coin du monde. Ces personnes sont suivies et assistées jusque dans leurs familles d’accueil », propos du chef de cabinet du ministère des Maliens de l’extérieur, Moussa Aliou Koné.

Selon le Commandant Nouhoum Coulibaly du Ministère de la Sécurité Intérieure et la Protection civile, tout malien vivant en Libye qui décide de rentrer, se rend à l’Ambassade du Mali à Tripoli, pour s’inscrire sur la liste des rapatriés volontaires. Une fois leur nombre suffisant, l’Etat organise le retour avec le soutien de l’OIM. Dès que les migrants arrivent à Bamako, chacun reçoit une somme forfaitaire pour pouvoir rejoindre sa famille.

Qu’en est-il du pécule versé par l’OIM ?

L’Organisation Internationale de la Migration se charge également de l’insertion de ces migrants. Selon les normes de l’OIM, un mois après l’arrivée des migrants volontaires, chaque migrant devrait recevoir un pécule d’insertion. Mais impossible de vérifier si les migrants de la Libye l’on perçue, car la plus part nous font savoir qu’ils sont dans l’attente de leur pécule.

Mohamed Attaher Issouf, rencontré à la direction régionale de la protection civile de Bamako, est rentré avec le dernier convoi arrivé le 3 mars 2017. Il était venu récupérer ses valises.  Mohamed était muézin dans la mosquée de Jama Moussa Koussa à Tripoli.  Pendant cinq ans, il percevait un salaire mensuel de 400 dinars. « La situation devenait pour moi un calvaire, je n’arrivais plus à sortir de peur de me faire tuer par les milices, car les armes circulent comme des jouets pour enfant. Finalement, je suis allé m’inscrire à l’Ambassade du Mali pour rentrer au pays et deux jours après, on m’a fait appel pour renter au Mali. Arrivé à Bamako, l’OIM m’a remis une somme de 35 000FCFA (60 Euros) pour pouvoir regagner ma famille à Gao », nous explique Mohamed.

« Plus de deux mois je suis de retour, je n’ai pas encore reçu mon pécule d’insertion. Nous avions tenté en vain de rencontrer un responsable de l’OIM à Bamako. Mais l’OIM s’est érigé en bunker d’où rien ne filtre, comme si personne n’a droit de savoir ce que l’organisme fait au Mali.» ajoute-t-il.

 Enquête réalisé par Bokoum Abdoul Momini

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