Koualou, nouveau terrain de chasse pour journalistes sensibles aux conflits

La Deutsche Welle Akademie (DWA) en partenariat avec le Réseau d’initiatives de journalistes (RIJ) a organisé du 7 au 17 septembre 2015 à Pama une formation sur le Journalisme sensible aux conflits (JSC) à l’attention d’une dizaine de journalistes venus du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Pama, dans la province de la Kompienga dans l’Est Burkina. C’est ici, à 325 km à de Ouagadougou, que se sont donnés rendez-vous des journalistes burkinabè, maliens et nigériens. Onze professionnels de l’information venus se former pendant 10 jours au journalisme sensible aux conflits. Axée sur le thème « Prévention des conflits intercommunautaires : Quelles stratégies d’intervention du journaliste dans le traitement de l’information?», la formation, dispensée par Dimitri Kaboré, journaliste burkinabè et Sébastien Nègre, journaliste français a allié théorie et pratique.

Selon Dimitri Kaboré, un journaliste sensible aux conflits est un professionnel qui milite en faveur de la paix. Pour lui, l’expression « journalisme sensible aux conflits » est née de la volonté d’un groupe de journalistes internationaux, de ne pas se contenter uniquement de couvrir les guerres et les autres crises sociopolitiques, mais de surtout contribuer à les prévenir. Ainsi, les JSC selon lui, permettent aux auditeurs et aux lecteurs de découvrir et de considérer des réponses non-violentes aux conflits. « Nous devons nous assurer du bien fondé des faits et nous devons choisir nos mots avec précaution », a-t-il insisté.

Le JSC en 10 points

La pratique quotidienne du JSC, ont expliqué les formateurs, repose sur l’exactitude, l’impartialité, la responsabilité, gages de la fiabilité. Ainsi, les JSC doivent-ils choisir soigneusement leurs mots.

« Les mots choisis pour les nouvelles que nous rapportons peuvent être destructives pour une communauté, si elles privilégient la peur et la violence. Nos informations peuvent par contre être constructives, en informant mieux les citoyens. Ce qui contribue à les sécuriser», a indiqué Sébastien Nègre.

Selon les encadreurs la règle du langage JSC qui s’articule autour de dix points qui pour l’essentiel demandent au journaliste JSC:

d’éviter de décrire un conflit comme n’ayant que deux faces opposées ;

de les définir en citant toujours les leaders et leurs revendications habituelles ;

de parler uniquement de ce qui divise les différents protagonistes du conflit ;

de se concentrer toujours sur la souffrance et la peur d’un seul camp ;

éviter des mots comme « dévaster, tragédies et terroriser » pour décrire ce qui a été fait à un groupe ;

de proscrire des mots imprécis et à charge émotive et bannir des termes « terroriste », « extrémiste » ou « fanatique » ;

de se garder de faire d’une opinion un fait ;

d’attendre que les leaders d’une des parties avancent des solutions ;

Bannir les propos diffamatoires, malveillants et corrompus.

Place à la pratique à Koualou

La phase théorique terminée, place à la pratique à Koualou, village situé à 45km de Pama, à la frontière Burkina-Benin. Le choix de Koualou n’est pas du tout fortuit. Ce bout de terre disputé depuis 1979par les deux pays au point qu’il a été déclaré en 2009 « zone à statut particulier par les autorités des deux Etats ». Depuis lors Koualou est adminsitré par un Comité mixte de gestion concerté de la zone dite de Kourou/Koualou (COMGEC-K), en attendant la décision de la Cour internationale de justice (CIJ).

« On ne pouvait pas trouver meilleur terrain que Koulaou pour partiquer le JSC. L’idée est de dispenser aux journalistes une formation qui puisse les permettre de contribuer à la résolution des crises entre des communautés vivant à un même endroit»,

a commenté Paténéma Oumar Ouédraogo, membre du comité du pilotage du RIJ. Il n’a rien exagéré. Dans cette bourgade où cohabitent les communautés burkinabè et béninoise, les journalistes n’ont pas chômé. Repartis en cinq binômes, ils ont, deux jours durant, eu de quoi s’occuper: reportages sur la fréquentation du centre de santé, sur le commerce, sur la religion, le mariage mixte et le trafic du carburant.

Bien joué !

Les autorités de la province de la Komienga ont salué l’initiative.

« Nous sommes dans une zone conflictuelle et le dernier remou entre les communautés burkinabè et béninoise ne date que de janvier 2015. La présence des journalistes sur les lieux va leur permettre de toucher du doigt cette réalité». Sidnoma Guigimdé, Préfet et Président de la délégation spéciale ( de la commune de Pama.

Des journalistes sur un terrain de conflit, analyse le commis de l’État, c’est une belle occasion pour eux de sensibiliser les populations à vivre en parfaite symbiose et à s’accepter mutuellement. Enfin, du journalisme sensible aux conflits quoi !

Mariam Ouédraogo, Sidwaya, Burkina Faso.

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