Mali : Élections de tous les dangers

Après trois reports, le Mali organisera enfin ses élections locales. Pourtant, le scrutin ne s’annonce pas paisible. De nombreuses failles organisationnelles et sécuritaires n’ont pas encore été résolues au risque de compromettre les votes.

Le gouvernement malien a le dos au mur. Après avoir reporté par trois fois les élections locales, Bamako n’a aujourd’hui plus le choix. Il faut organiser le scrutin, au risque de gouverner dans l’illégalité. Le gouvernement a alors abattu sa dernière carte. Les votes auront finalement lieu. Et c’est le 25 octobre que les Maliens se choisiront leurs représentants communaux, régionaux et de districts.

Une annonce qui n’emballe pourtant pas bien de Maliens. La raison : de nombreux préalables à la bonne tenue du scrutin n’ont pas été réglés. À commencer par la crise dans le Nord du pays. La signature de l’Accord d’Alger avait été perçue comme une vraie lueur de paix et de au Mali. Mais, à y voir de plus près, on en est bien loin.  Dans cette partie du Mali et aussi dans les autres régions, les attaques se multiplient, l’insécurité est partout.

Scrutin à mille questions

Les enjeux de ces élections de proximité sont énormes pour les Maliens. Les accords d’Alger ont davantage affirmé la régionalisation comme solution à la crise. Le 25 octobre, les Maliens choisiront leurs maires et aussi leurs conseillers territoriaux (Sénat) et enfin leurs gouverneurs.
Comment garantir alors la participation de tous à ces élections,  notamment celle des réfugiés de guerre ? Combien de réfugiés sont de retour ? Ont-ils été recensés ? Combien d’entre eux vivent encore hors du Mali ou loin de leurs lieux habituels de vote ?
Au Mali, le tissu social est encore en lambeaux. Dans le Nord surtout où les relations ont été fortement distendues.  Le choix des candidats devant représenter les populations risque d’y exacerber davantage les divisions, comme ce furent plusieurs fois dans cette partie du pays, même en temps de paix.

Partir à point
L’insécurité règne encore dans le septentrion. L’administration n’y est pas encore déployée. Qui par exemple, ira à Kidal après plus d’une année d’absence de l’administration pour recenser, pour sensibiliser ou pour battre campagne ?  Alors que la Munisma, Serval ou Barkhane s’étaient fortement impliqués lors de la présidentielle de 2013, les  forces étrangères présentes au Mali semblent ne pas vouloir apporter leur assistance à ces élections de proximité.

Le gouvernement a-t-il réellement, au regard de tous ces éléments, la volonté politique d’organiser ces élections ? Ou, alors doit-on vaille que vaille aller à ces fameuses élections malgré ce contexte difficile et ce calendrier contraignant au risque d’organiser des élections bâclées ? Devrait-on prendre un peu de recul et de temps pour œuvrer à assainir la situation en réunissant les conditions plus favorables à la tenue d’élections apaisées, propres et transparentes ? Rien ne sert de courir, il faut partir à point et qui veut voyager loin ménage sa monture, dit-on.

Abdoul Momini Bokoum

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